Creamers, le nouveau métier de la protection solaire sur plage

Depuis le 10 juillet, Estelle et Maksim enduisent de crème solaire les touristes de la station vendéenne. C’est le « job de l’été », lancé sur Internet, bien payé et sous le soleil. Un coup de pub bien orchestré pour la ville balnéaire.

« Ah, les crémeurs ! On vous attendait », lance une touriste au teint brique, qui a peut-être un peu trop attendu. « Vous êtes rouge, madame ! », gronde gentiment Estelle. « Oui, je sais, ce n’est pas bien. Je n’ai pas mis de crème hier », répond la dame, penaude. « Vous pouvez m’en appliquer ? Je ne veux pas vous ennuyer… »

Souriante et posée, la jeune femme masse. Son message de protection passe. Entre deux applications, elle papote. Du temps qu’il fait, des Sables-d’Olonne, de politique, parfois…

Une scène de routine pour Estelle. Il est à peine 14h et cette blondinette de 23 ans aux yeux verts et au nez retroussé vient à peine d’enfiler t-shirt jaune et ceinture de James Bond girl sertie de tubes de crème solaire. Son uniforme de « creamer ». Entendez crémeuse, en français… Le job de l’été à 5000 € pour six semaines, pour lequel 700 candidats se sont affrontés sur Internet et qui a fait le bonheur de la presse. « Nous avons même reçu des appels de journalistes allemands ! », se souviennent Estelle et son collègue Maksim. Un bon coup de pub bien orchestré par l’Office de tourisme des Sables-d’Olonne : « Nous avons investi 70 000 € dans la campagne de communication. En équivalent espaces publicitaires dans les médias nationaux, cela nous aurait coûté au moins deux millions d’euros », résume, tout sourire, François Boche, le directeur.

Après la communication, place à l’action. Tous les après-midi depuis le 10 juillet, de 13 h 30 à 19 h, les Creamers pourchassent le touriste blanc comme un linge pour l’enduire de protection solaire et l’empêcher de tourner rouge écrevisse. Aujourd’hui, Estelle arpente la plage à la rencontre des derniers juillettistes. La jeune fille, pas timide pour deux sous, a le contact facile. Une qualité essentielle pour le « job », quand on crème des dizaines de dos et de bras par jour, « les seules zones autorisées », souffle-t-elle.

« De vieux messieurs polissons »

« C’est le seul moment où j’ai le droit de me faire masser le dos par une autre femme », plaisante Philippe, Normand en vacances. « Ils sont courageux de mettre de la crème à tout le monde », lance-t-il, plus sérieux.

La jeune femme et son collègue Maksim officient en effet debout ou directement près des gens sur les serviettes de plage. Pas forcément évident pour le jeune homme, étudiant en « maths sup » : « Je trouvais ça assez délicat au début, c’est vrai. Les touristes qui n’avaient jamais entendu parler de nous étaient froids. Maintenant qu’ils m’ont vu, ils se laissent plus facilement masser ! »

Pour Estelle, en revanche, pas d’appréhension. La jeune étudiante en ostéopathie a l’habitude de manipuler les corps. Elle n’a pas laissé la gêne du contact corporel s’installer. « Quand on applique de la crème aux gens, on prend soin d’eux. Ils le sentent. Pour l’instant, je n’ai eu à subir aucune surprise, aucun geste déplacé. Je ne me sens pas oppressée par les remarques que j’entends parfois. Les plaisanteries, souvent de vieux messieurs un peu polissons, m’amusent plutôt ! »

Tous les touristes ne réagissent pas de la même façon au service qu’elle propose : « Certains ne veulent absolument pas se faire toucher et préfèrent prendre des échantillons pour se crémer eux-mêmes ! Dans ce cas, je n’insiste pas. Par contre, les enfants se laissent faire quand nous leur proposons une application, ce qu’ils ne font pas avec leurs parents », glisse Estelle.

Aurélie, brunette de 28 ans en vacances , apprécie le travail des Creamers : « On voit que ce sont des pros, ils ont les bons gestes. Je ne savais pas qu’il fallait mettre tant de crème et appliquer si largement ! » À côté d’elle, sa grand-mère, bretelles du maillot légèrement baissées, ne se fait pas prier pour se faire tartiner les épaules.

Le soleil commence à baisser. Le dynamisme aussi, après des kilomètres de sable parcourus. À la fin de la journée, la fatigue gagne. « Mine de rien, les gestes sont répétitifs et il faut de l’énergie pour masser correctement », estime Estelle. Le job de rêve serait-il en fait un job comme les autres ?

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